• Le Covid 19 et la mort

    Le Covid 19 et la mortLa crise sanitaire du Covid 19 est certainement une forme d'aboutissement des contradictions du mode de production capitaliste. Les abus économiques des classes dominantes nous ont mené jusqu'au gouffre qui s'ouvre maintenant devant nous - dont le Covid n'est que l'alibi - avec l'appauvrissement généralisé de la population à la clé...

    On peut voir certains commentaires dans la presse alternative affirmant que cette crise est l'expression d'un système aux abois. Que nenni ! Nous faisons bien plutôt face à un nouveau scénario, une forme d'entertainment politique comme l'oligarchie sait nous en fabriquer pour créer la stupéfaction, le choc et l'effroi dans la population.

     

    Comment ne pas être effrayé par l'ampleur de ce qui est en train de se passer? Par le gigantisme de l'expérimentation d'ingénierie sociale que nous subissons? C'est un monde qui s'effondre pour laisser place à un nouveau. J'ai essayé de montrer ici que ce monde en devenir pourrait malheureusement prendre forme par les tendances déjà à l’œuvre aujourd'hui dans le développement durable. Tout ça est à voir... Mais, au vu des incohérences de cette crise, il semble bien que la révolution, le coup de poker que sont en train de réaliser les classes dominantes est une tentative de leur part pour garder la main. Il faut bien dire que les individus de ces classes n'ont que ça a faire : nous dominer, développer des stratégies pour nous contenir, pendant que nous, nous travaillons. Il faut bien admettre que le coup actuel est d'une force tout à fait impressionnante et va forger un monde de par le combat entre classes sociales qui va s'enclencher avec le cataclysme économique.

    Notre problème est que nous partons avec le handicap maximum comme on dit au tiercé. En effet, pour reprendre Marx et Engels :

    "Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l’un dans l’autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante" (1)

     

    L'industrie culturelle est un des dispositifs de contrôle de la population, mais un dispositif très particulier dans le sens où il se base sur l'appropriation de la culture par le capitalisme avec pour effet majeur l'embrigadement. La culture standardisée est une véritable épine dans le pied de tout mouvement insurrectionnel populaire. Son fonctionnement consiste dans l'abaissement de tout ce que nous vivons, dans l'abrutissement généralisé, avec des images de plus en plus vulgaires, avec un sens de plus en plus basique. Cette culture génère des jouisseurs sans cœur, des individus à la fois durs et stupides, inflexibles et lâches, festifs et égoïstes, des créatures du système qui deviennent ses servants en participant aux pseudo-aventures du monde marchandisé. Tous ces jeunes crétins, à qui on a dit que leur superficialité était une merveilleuse spontanéité, qu'on a félicité pour leur absence de pensée, tous ces gens, pantins préfabriqués par la téléréalité, le porno, la musique électronique, toutes les stupidités que l'on trouve sur le net, produisent désormais une culture cohérente avec le vide d'éducation qu'ils ont reçu. Cela donne des inepties de ce style :

    Alors c'est une parodie mais le message valide la position officielle sur le Coronavirus. L'imbécile qui chante s'appelle MC Roger, il est suisse et est habillé comme un américain. Typique du consommateur mondialisé, il vit sa vie dans l'amnésie de ce qu'a été son peuple et se vautre dans la superficialité d'une culture aux ordres. Celle-ci ne met plus en scène le combat entre les pulsions de l'artiste et le style, entre l'animal et la société. Ce combat dialectique caractérisait l'art avant sa dégénérescence industrielle (dégénérescence qui s'exprime à travers l'art contemporain ou encore l'immense majorité des musiques modernes) et montrait la tragédie de la condition humaine, condamnés que nous sommes à nous battre sans cesse pour exister en tant qu'individu dans la communauté humaine. Tout cela a disparu au profit de "suis les consignes et tu respectes la ligne"... La tragédie humaine se dissolve dans une société de consommateurs qui n'ont même plus l'idée de ce qu'est la liberté une fois qu'ils ont acquiescé à l'assimiler à la possibilité de voyager dans le monde, d'aller se baigner dans la piscine d'un hôtel à Katmandou, se faisant servir par des larbins dont les parents étaient des paysans autonomes et qui ont été détruits par le capitalisme. Quand la liberté se résume au tourisme et à aller voter pour désigner ceux qui nous désorganisent, on obtient une culture aux ordres comme celle de ce pauvre esclave de MC Roger. Je veux préciser que je n'ai rien contre lui : il n'est qu'une victime, qu'un être aliéné. Cependant, conforté dans le refus de penser par une culture standardisée et débilifiée, par un environnement social qui nous tire vers le bas, il est devenu un petit soldat, tout petit certes, de l'expérience d'ingénierie sociale que nous subissons. Le fait qu'il soit un "cultureux" sans envergure est intéressant parce que cela met en évidence à quel point le mal est répandu dans toutes les strates de la société. Son message n'est pas celui de la libération, celui d'un homme qui tend vers la liberté. Non, c'est celui d'un consommateur qui veut vivre le plus longtemps possible. C'est le message d'un amoureux de la vie. Ce qui me fait marrer en écrivant ça, c'est que je suis sûr qu'il y souscrirait, ignorant du fait qu'un peuple qui met la vie comme valeur la plus haute est un peuple d'esclave. Montaigne écrivait :

    "Le but de notre chemin, c'est la mort, c'est là l'objet inéluctable de notre visée : si elle nous effraie, comment est-il possible de faire un pas en avant sans fièvre?" Et plus loin : "La méditation préalable de la mort est aussi celle de la liberté. Celui qui a appris à mourir a désappris à être esclave. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et de toute contrainte. [...] Tout ce qui peut être fait un autre jour, peut l'être aujourd'hui. À dire vrai, les hasards et les dangers nous rapprochent peu ou nullement de notre fin ; et si nous pensons combien, hormis l'accident qui semble nous menacer le plus, il en reste des millions d'autres sur nos têtes, nous trouverons que, vigoureux et fiévreux, sur la mer comme dans nos maisons, dans la bataille comme dans le repos, nous l'avons également près de nous." (2)

    Nous nous comportons comme si nous n'avions pas de passé, ou plutôt comme si les enseignements de la vie d'avant n'avaient plus cours à notre époque, comme s'ils étaient flétris, comme s'ils avaient perdus toute pertinence. Mais la vie d'un homme de ces siècles là était la même qu'aujourd'hui, pas le mode de vie mais la vie, la zoe comme la nommait les grecs. Ils étaient en vie comme nous le sommes et leurs leçons ont été perdues, perdues à cause de l'industrie culturelle, mais aussi de l'école qui fait abandonner tout courage aux esprits les plus fiers en les rabaissant, les inquiétant et en les menaçant. Combien de fois ces maîtresses d'école nous ont-elles répété : "c'est le plus intelligent qui s'arrête le premier!" Sombres cruches, ne voyez-vous pas que c'est le plus lâche qui s'arrête le premier? Mais la lâcheté n'est-elle pas un mode de vie pour tous les professeurs? Conséquence, nous sommes à ce point fanés que nous acceptons, incroyable humiliation, la privation de liberté au nom de la vie, pour un covid 19 dont le taux de mortalité n'est que de 0,5%. Le comble est que tout cela n'est certainement qu'une mascarade dont le but n'est que de renouveler la domination en de nouvelles formes. Pauvre de nous! Nous ne sommes pas à la hauteur de la catastrophe que nous vivons. Cette catastrophe n'est pas celle du covid mais de la domination totalitaire qui s'installe de façon de plus en plus évidente dans notre dégoûtante modernité.

    Nous voilà face au mal, c'est-à-dire la domination totalitaire (montrant bien par là que les régimes nazis et staliniens n'étaient pas des erreurs ou des exceptions de l'histoire), face au Malin qui, nous ayant soigneusement affaiblis et divisés, joue ensuite des peurs qu'il a mis en nous. Tous les faibles de notre époque, tous les faux intellectuels qui pullulent partout autour de nous et qui n'ont aucun sens populaire produisent des raisonnements étriqués, à la petite semaine, quand il faudrait nous réunir, conscient de ce qui nous assaille pour reprendre notre liberté. Mais comment se réunir quand nous ne sommes même plus un peuple, quand toute notre identité a été défaite par les intrigues du pouvoir? Comment nous réunir quand même la contestation porte la marque des puissants? Ainsi, observons bien les syndicats qui, tous, valident l'hypothèse d'une maladie très grave qui justifie le confinement puisqu'ils affirment qu'elle nécessite d'importantes protections pour les salariés. En quémandant des protections pour les salariés, les syndicats, qui sont tous des collabos, montrent qu'ils ne sont que des rouages du mécanisme affreux qui vient de s'enclencher, qui va jeter la population dans la misère tout en la condamnant aux travaux forcés. Pauvre de nous!

    Finalement, je repense à ce peigne-cul de MC Roger. C'est lui qui m'a donné envie d'écrire ce texte. Sa vidéo parodie la chanson "Sex machine" de James Brown. Bien entendu, James Brown était déjà un produit culturel mais à une époque où la pulsion pouvait encore se frayer un chemin jusqu'à nous. Cette chanson possède quelque chose d'animal, de puissant, de puissamment sexuel, quelque chose de pas encore édulcoré. D'ailleurs Brown était un animal qui n'a jamais vraiment été dompté, d'où sa force, son charisme, ses frasques : un homme violent et génial. Tout le contraire de ce que l'école fabrique maintenant : des générations de robots dociles et efféminés qui vont chanter la gloire du confinement. Le confinement, c'est le contraire de l'animalité. C'est l'hygiène, c'est la vie rangée de celui qui craint la mort. Du confinement naîtra la distanciation sociale, nom barbare pour une pratique qui désigne le corps de l'autre comme un danger potentiel pour ma vie. Et je pense aux jeunes qui vont grandir dans cette ambiance funeste, avec des gestes qui désignent l'autre comme un danger. Mais quelle vie, quelle sociabilité, quelle sexualité vont-ils développer?

    MC Roger n'en a cure puisque lui, les gestes barrières ça l'éclate. Il utilise une chanson animale pour conjurer l'animalité. Il parodie une chanson puissamment sexuelle pour en faire un hymne à la distanciation sociale. Les produits de l'industrie culturelle ne parviennent même plus à nous faire croire à la pseudo-contestation qu'ils mettaient en place jusque dans les années 70, ils ne sont plus que des objets de propagande fasciste, basés sur le rejet de l'autre, la crainte de l'aventure et du risque. MC Roger, pour sa part, se régale dans le confinement et nous conseille, sur une musique d'une pauvreté à vous soulever le cœur de haine, de nous laver les mains régulièrement :

    "On a du temps pour le rangement"... Je n'invente rien. Voilà une culture qui réduit l'aventure humaine au foyer. De même que pour les féministes, les enjeux résident dans l'organisation du foyer, de la répartition des tâches ménagères en vue de l'hygiène, des usages du corps et toutes ces foutaises d'animal laborans, c'est toute la culture tenue par le pouvoir centralisé qui nous réduit à la vie, une vie sans liberté, où la seule aventure consiste à faire du tourisme à l'autre bout de la planète alors que nous ne connaissons même pas le monde au pas de notre porte. Dans la société administrée, l'exploit disparaît au profit de la procédure. Avant, on avait Montaigne, maintenant, on a MC Roger et tous les autres... Regardez, et cette fois ce n'est pas une parodie contrairement aux apparences :

    Alors là, on sort de l'abrutissement artisanal d'un MC Roger pour rentrer vraiment dans l'univers des pétés de tunes et de la grosse machine. Ici encore, quand on écoute les paroles, on peine à y croire : "Et demain, ce sera nous, les maîtres du jeu, un point c'est tout". Bande de pauvres débiles collabo... Chanter ça quand le pouvoir mondialisé nous met à genou, c'est dégueulasse. La voilà l'industrie culturelle : une arme au service des puissants. Ce show biz de science fiction avec des débiles mentaux sans cesse relookés qui servent la soupe à une classe dominante constituée de dingues genre docteur Folamour. Tout cela pue la décadence. Nous sommes humiliés sans cesse, pris pour des cons en permanence, infantilisés, bafoués.

    Saurons-nous nous remettre de ce qui est en train de se passer? Avons-nous encore les ressources nécessaires après l'abrutissement de l'école, la culture saccagée, l’œuvre de désorganisation incessante que nous fait subir le pouvoir pour nous faire perdre toute autonomie? Nous entrons dans la nuit des peuples, une ère sans équivalent dans l'histoire, inaugurée par le nazisme et le stalinisme et poursuivie par les régimes politiques d'Europe de l'Ouest et d'Amérique du Nord, une ère dans laquelle chaque parcelle de la planète appartient à un État, où chaque peuple est sous la coupe d'un pouvoir centralisé : cela est sans précédent. Mais ne sombrons pas, nous, les peuples du monde, sommes la puissance quand nous prenons conscience de nous et de la lutte des classes. N'ayons plus peur de la mort et rencontrons-nous pour mener le combat ensemble, comme un peuple fier le fait contre ses oppresseurs pour atteindre la liberté.

     

    (1) : Karl Marx – Friedrich Engels, L’idéologie allemande, Paris, Éditions Sociales, 1976, p. 44.

    (2) : Montaigne, Les essais : Que philosopher c'est apprendre à mourir, éditions Gallimard, Quarto, 2009, 1355 pages.

     

     

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