• L’attentat de Charlie-Hebdo ou l’avènement d’une société ouvertement fasciste

    Publié sur Agoravox

     

    "Charlie-Hebdo" : comme le 11 septembre, cet événement restera comme un des coups d'éclat de l'histoire, un de ces tristes coups qui ne livre son impact historique que plus tard. A la façon de l'incendie du Reichstag en février 1933, la complexité de l'événement "Charlie" va bien au delà de ce que nous laissent entrevoir les médias dominants et annonce en réalité l'avènement d'un ordre nouveau qui plonge ses racines dans l'histoire moderne de l'Occident : le fascisme.

     

    L’attentat de Charlie-Hebdo ou l’avènement d’une société ouvertement fascisteL'esprit est à la peine pour débusquer le sens historique d'un évènement aussi « massif » que l'attaque contre Charlie-Hebdo. L'émotion liée à la mort, ici fortement chargée symboliquement puisqu'elle touche des journalistes, largement amplifiée par l'ampleur du rituel de masse organisé en conséquence, n'aide certes pas à réfléchir le phénomène dans toute sa complexité. Le fait est également qu'il est encore bien tôt pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Alors bien sûr, il nous faut reconsidérer la puissance de l'opposition entre le monde musulman et l'Occident et cette donnée est d'ailleurs encore largement commentée. Mais bien plus, cet attentat, et la mise en scène dont il a été l'alibi, nous informent sur le devenir de ce qu'il nous reste de société. C'est peut-être bien là qu'il faut porter l'effort réflexif. Comment interpréter le déchaînement de bien-pensance auquel nous avons assisté ? Comment réfléchir un tel évènement quand le bien et le mal sont si clairement identifiés, que l'on pleure si bien des victimes si innocentes ? Plusieurs voix s'élèvent tout de même pour dénoncer cette belle unanimité. C'est un trait positif. Mais l'élément qu'il convient peut-être par-dessus tout de remarquer n'a-t-il pas trait à la puissance de la communication du pouvoir central ainsi qu'à la maîtrise dont il fait montre en la matière, par delà toute morale ? Comment ne pas être ébahie par l'aplomb avec lequel tout ceux qui nous font taire nous mobilisent autour des « valeurs de la république » ? Prenons-les au sérieux un instant. Les valeurs de la république ? Mais avons-nous oublié ce qu'est la république ? Avons-nous oublié 1848 et la tromperie du suffrage universel ? Avons-nous oublié la Commune de 1871 ? 14-18 ? Et la grande arnaque des congés payés de 1936 ? Et la défaite de 1940 ? L'histoire est-elle à ce point abolie que l'on demande au peuple, victime des victoires passées de la réaction, de s'apitoyer sur le malheur de ceux qui, aujourd'hui, en tirent profit ?
    Quid du thème de la liberté d'expression ? Comment se fait-il que soudain nous ayons oublié toute critique des médias ? Comment avons-nous pu oublier ce qu'a été la refondation de Charlie-Hebdo par Val et Cavanna en un organe de presse néo-conservateur de gauche ? L'affaire Siné doit nous rappeler qu'avec Charlie, nous avons affaire à une engeance qui ne tape que sur les faibles. Quand Siné moque le fils Sarkozy pour son éventuelle conversion au judaïsme, religion de sa promise par ailleurs héritière des magasins Darty, il se fait virer illico-presto par un Val que l'alors président de la république Nicolas Sarkozy récompensera en le nommant à la tête de France-Inter. Chez Charlie, on peut taper sur les musulmans mais pas sur les juifs...

    L’attentat de Charlie-Hebdo ou l’avènement d’une société ouvertement fasciste

     

    Mais venons-en à la seule chose qui compte vraiment dans cette affaire, c'est-à-dire en quoi elle nous informe sur la nature du pouvoir central en Occident. L'attaque de Charlie-Hebdo, tout comme celle du 11 septembre 2001, n'est qu'un révélateur symbolique d'un fait que peu de gens voient tant il emplie la réalité de notre vie : nous vivons dans un régime totalitaire. L'affirmation peut sembler provocatrice au premier abord mais mérite malgré tout un brin de réflexion d'autant que plusieurs penseurs avaient, dès la fin de la seconde guerre mondiale, tiré la sonnette d'alarme, affirmant que la victoire des Alliés allait entraîner la mise en place d'un ordre fasciste international1.

    Notre difficulté à reconnaître la gravité de la situation, voire notre entêtement à ne pas comprendre, pourraient bien être, en eux-mêmes, des indicateurs de l'effondrement de la pensée dans notre Modernité. En cela, il convient de poser les bases oubliées de l'acte même de penser et se souvenir des mots de Theodor Adorno quand il affirmait que "quand au terme de certaines médiations on affirme l’immédiateté, au lieu de comprendre cette dernière comme étant essentiellement le résultat d’une médiation, on fait servir la pensée à une apologie de son contraire, on en fait un mensonge immédiat. C’est se mettre au service du Mal sous ses formes les plus variées, à commencer par l’égoïsme endurci de ceux qui acceptent le monde comme il est [...]"2. Tout le jeu de la propagande actuelle va être de nous faire considérer la situation géo-politique sous l'angle de l'immédiateté.

     

    Reprenons à partir de ce conseil d'Adorno : on nous demande de nous unir contre le "djihadisme". Mais d'où vient le djihadisme ? Les médias dominants traitent les djihadistes d'intégristes et, si nous nous en tenons à une appréhension immédiate de la situation, les décapitations, les immolations, les meurtres, les vies gâchées par ces groupes armés semblent donner raison à la doxa. Les explications sont cependant bien minces : pour les musulmans qui partent d'Europe pour aller combattre, tout tiendrait à la propagande internet visant de jeunes paumés privés d'emploi, incapables de s'intégrer. De son coté, Dalil Boubakeur franchi tout de même un cap en qualifiant l'intégrisme de "maladie mentale". Bref, on va d'approches psychologisantes à de faibles analyses socio-économiques pérorant, pour les plus critiques, sur les défaillances du modèle social d'intégration. Bien maigres remises en cause en vérité... Pour les combattants issus du monde musulmans, les explications sont encore plus approximatives et si l'on fait le résumé de ce qui s'écrit sur leur démarche, on peut ne peut rien conclure que de très vague, en gros qu'ils sont très méchants, ontologiquement mauvais, pas réformables, à traiter à coup de drones. Le parallèle avec le discours des années 30 sur les juifs est troublant dans la mesure où, de la même façon mais pour des raisons différentes, les juifs étaient considérés comme non-réformables, inassimilables par la société, d'où la nécessité de traiter le "problème" de façon radicale.

     

    Mais si nous mettons le chaos actuel en perspective en essayant d'observer par quelles médiations nous sommes parvenus à un tel niveau de pression, la question n'est pas tant de décrire l'intégrisme que de savoir qui, des occidentaux ou des musulmans est extrémiste. Il ne s'agit pas ici de rentrer dans une comptabilité morbide mais pour une approche réellement honnête du sujet, il convient de faire le bilan des désastres et centaines de millions de morts occasionnés par l'Occident, et ce dès les débuts de la colonisation. Est-il possible de trouver dans l'histoire l'équivalent d'un tel fléau ? Comme le disait Aimé Césaire, "l'Europe est indéfendable", impardonnable. Mais loin d'être contrits de leurs méfaits, les pouvoirs centraux occidentaux poursuivent leur œuvre de destruction, redoublant d'efforts suite au 11 septembre 2001. Depuis cette date, les armées occidentales ont ravagé le Moyen-Orient. Pour quelles raisons ? Seuls les « innocents » (au nombre desquels il faut mettre ceux qui confisquent l’appellation d'extrême-gauche aujourd'hui et qui servent la soupe à l'impérialisme occidental) pensent encore que ces interventions avaient pour but d'amener la démocratie ou de protéger les femmes ou plus globalement, d'aider ces peuples. Les armées occidentales ne sont jamais intervenues que pour défendre les intérêts de la bourgeoisie et imposer le marché total. Quand l'armée française intervient au Mali, est-ce pour libérer ces peuples du joug djihadiste ou pour protéger des ressources minières en terminant d'étouffer un des derniers peuples nomades de la planète (les Touareg) ? L'exemple afghan est peut-être encore plus parlant. Que sont allés faire les armées bourgeoises là-bas ? Entre autre, s'assurer qu'un pouvoir central fort rend impossible la vie de peuples tribaux, sachant que tant que la planète abritera des peuples qui parviennent à s'auto-organiser – donc des peuples tribaux car la tribu est le nom d'une communauté qui a encore un pouvoir politique et militaire sur ses terres – les États occidentaux les traqueront. En effet, les pouvoirs centraux, par définition, appartiennent à une classe dominante. Dans la modernité occidentale, cette dernière s'appelle la bourgeoisie et sa grande peur est que les peuples qu'elle tient entre ses mains en vue de les exploiter ne prennent conscience qu'il existe d'autres possibilités de vie, loin du salariat et de l'exploitation. Par conséquent, l'Occident, Anglo-saxons en tête, s'applique à rendre impossible de par le monde toute forme d'autonomie populaire, que ce soit par ses armées, par ses services secrets, ses appareils de propagande (école, médias et industrie culturelle). Les États occidentaux sont les ennemis les plus acharnés de la liberté de leur création jusqu'à aujourd'hui.

     

    Quand on a compris cela, quand on prend conscience des multiples médiations que l'histoire révèle et qui nous mènent jusqu'à l'attaque contre Charlie-Hebdo, quand on a compris la proximité entre la colonisation et Auschwitz, les appels à l'unité nationale de ces dernières semaines font froid dans le dos, France Info allant même jusqu'à nous informer, le 11 janvier, que la nouvelle génération devait prendre conscience du fait que la Troisième Guerre Mondiale avait commencé et que cette manifestation d'unité nationale du 11 était l'occasion pour les français de se réapproprier l'hymne et le drapeau national. On se croirait revenu à la veille de la Première Guerre Mondiale.

     

    Une des vertus principales de l'unité nationale aux yeux de "l'élite" est de disjoncter la lutte des classes. En effet, la conscience de cette dernière est l'ennemi mortel de la bourgeoisie. C'est pourquoi l'école est là pour enseigner qu'elle n'existe plus, que les films et autres chansons n'évoquent plus que des histoires personnelles ou mettent en avant un homme providentiel qui, seul, peut résoudre un problème collectif. Tout ce qui s'oppose à cet abrutissement généralisé est anéanti et/ou utilisé, à l'image de ces enfants présentés dans des commissariats de police pour avoir refusé de faire la minute de silence en hommage aux victimes de Charlie-Hebdo. On en est là : faire prendre position à des enfants d'écoles primaires sur un sujet aussi complexe. L’œuvre de propagande est ici si ahurissante qu'à d'autres époques, elle aurait certainement entraîné une insurrection armée. Mais l'embrigadement est suffisamment installé dans les esprits en ce début de siècle pour que plus rien ne se passe. Suffisamment installé par le long travail d'ingénierie social mené sur nous depuis plusieurs décennies, suffisamment installé par la peur que le pouvoir bourgeois génère dans le peuple au travers d'interventions psychologiques orchestrées en masse en des manœuvres très étudiées au sein de l'ensemble théorique nommé DGR (Doctrine de la Guerre Révolutionnaire) issu du colonialisme et appliqué maintenant sur les populations des métropoles3. L'embrigadement est généralisé au sein du « bateau France », comme si patrons et salariés étaient sur le même bateau, comme si ce que font les armées nationales aux quatre coins du monde avait à voir avec les intérêts du peuple. Le pouvoir central est parvenu à faire en sorte que quatre millions de personnes manifestent le 11 janvier 2015. Le gigantesque appareil de propagande a fonctionné à merveille : médias et institutions bourgeoises ont fonctionné main dans la main pour parvenir à ce résultat. Merveilleuse DGR qui fait que, quand au Rwanda en 1994, Radio Mille Collines 4 donne le signal de début du génocide ou quand, dans la France de 2015, TF1 indique le début d'un deuil pré-programmé, la population massifiée obtempère.

     

    Tandis qu'on nous effraie ainsi passe la dite loi Macron, une parmi d'autres, où l'on voit l'hostilité de la bourgeoisie vis-à-vis des peuples de France. Là, il n'y a plus de fraternité, juste la réalité d'un jeu économique dur dans lequel se sont toujours les mêmes qui l'emportent. Comment ici ne pas penser au fascisme ? Je reviens encore à cette idée mais n'avons-nous pas été averti dès 1945 que quelque chose de grave était en train d'arriver ? Jacques Ellul n'avait-il pas expliqué qu'Hitler avait gagné la guerre parce que c'était son modèle de société qui l'avait emporté ?

    Puisque cela ne semble pas allez de soi, définissons clairement les termes. Qu'est-ce que le totalitarisme ? C'est une société entièrement régie par un système. Certains répondront que toute société est un système. Cela est, certes, la vision courante mais rien ne dit qu'elle soit juste. La société est bien plutôt un assemblage complexe d'éléments dont rien ne dit qu'il fonctionne de façon systémique. Le soupçon ici tient au fait qu'un œil rationnel est tout à fait en mesure de créer ce qu'il recherche : un système. Par contre, il est tout à fait possible qu'une société devienne folle, c'est-à-dire qu'elle fonctionne effectivement en système parce qu'elle est la concrétion d'idées philosophiques et/ou politiques (je renvoie ici vers cet article difficile qui explique cela). Quand la société devient une création, c'est-à-dire le résultat d'un projet politique et qu'elle fonctionne en système (et il est évident qu'un regard politique donne naissance à un système), la liberté agonise sous l'oeuvre du fonctionnement. Telle est d'ailleurs la nature de l'utopie. Le corolaire de cela réside dans la mise en cohérence de tous les signes du monde. C'est dans cette monstrueuse cohérence que la pensée s'éteint, inutile qu'elle devient devant l'absence d'objet où se porter quand tout va de soi. Si cette rapide analyse du phénomène totalitaire tient, il convient alors de se questionner d'urgence sur la notion de projet politique. Regardons notre monde, regardons la France, comment les restes de l'ancien mode de production – la ruralité – disparaissent sous le bloc du totalitarisme. Regardons les zones d'activités, les magasins, le salariat, la marchandisation qui progressent sans cesse, regardons comme on aplanit tout, comme les formes géométriques envahissent notre espace.

    Le système pose sa marque sur tous les aspects de la vie et du monde. Nous sommes des individus qui n'ont jamais vu un agneau naître, qui ne cultivent plus ; individus spécialisés – donc abrutis – par le système d'embrigadement de la jeunesse que l'on nomme « école ». Regardons, si cela nous est encore possible, comme le système est bien installé dans nos têtes, à quel point nous ne faisons plus d'expériences immédiates. Nous sommes des individus sans expérience qui avons toujours été soumis à une hiérarchie, à un regard hétéronome qui nous contrôle en nous protégeant. La norme et la médiation occultent, occupent et verrouillent tout.

    Bien mais alors qu'est-ce que le fascisme ? Il ne se caractérise pas par les usines de la mort des nazis, non, c'est bien plus fin que cela. Le fascisme est la configuration capitaliste du totalitarisme. En paraphrasant Deleuze5, nous pourrions dire qu'une société fasciste est une société capitaliste où l'antagonisme capital/travail est neutralisé mais dans laquelle l'angoisse de l'humain domestiqué par la Modernité (c'est-à-dire l'époque systémique) n'est que réprimée. Nous y voilà. L'antagonisme capital/travail disparaît effectivement sous l'unité nationale tant vantée après l'attaque contre Charlie-Hebdo. Dans cette unité, l'exploitation perdure à la façon d'un destin normal, qui ne se conteste plus. Elle est cohérente avec la conception de ce qu'est la normalité. La mise en cohérence de tous les signes par le système gomme, euphémise, toute contradiction. Le capital et le travail se retrouvent alors, par ce coup de baguette magique totalitaire, sur le même "bateau". Ainsi, la bourgeoisie recrée la réalité pour en expurger les éventuels éléments litigieux qui pourraient être la base d'une remise en cause de sa domination. Ainsi, les individus qui subissent l’œuvre de domestication de l'humain, qui est la marque de la mise en cohérence du monde par des idées, sont, par là même, dépossédés de toute capacité critique et, par conséquent, n'ont d'autre alternative que le refoulement. Refoulement car la domestication est une contrainte portée sur les désirs. Or, tout désir frustré ressurgit sous une forme symptomatique. Il suffit de regarder le désastre des rapports humains en Occident pour se convaincre du bien-fondé d'une telle approche. Nous en sommes là : individus frustrés pourtant persuadés de vivre dans l'abondance, apeurés, bêtes fascistes prêtent à foncer sur un bouc-émissaire, à la manière dont, à d'autres époques, certaines populations ce sont défoulées sur les juifs. Il faut lire Adorno et Horkheimer, comment ils décrivent la façon dont le pouvoir central nazi parvint à retourner la frustration collective en haine du juif, mettant l'élite bourgeoise à l'écart du châtiment qui attend éventuellement l'exploiteur, l'accapareur, quand la population n'en peut plus des abus économiques et politiques. Et maintenant ? Où en sommes-nous ? Qui a pris la place du juif aujourd'hui ?

    L'attaque contre Charlie n'est pas en elle-même le déclencheur de quoi que ce soit. Mais les discours décomplexés qui en découlent encore maintenant agissent en révélateurs de ce qui peut être dit et fait dans notre société. De ces enfants qui se retrouvent au commissariat pour avoir refusé de faire la minute de silence aux huiles qui réclament l'identification de ceux qui « ne sont pas Charlie », ce ne sont pas les indices qui manquent pour révéler qu'un ordre brun règne effectivement en Occident. Évidemment, toute la mécanique institutionnelle se met en branle pour effacer les traces, telle une mafia. Ainsi en va-t-il du recours à l'école prôné par l’intelligentsia pour modifier la perception que les individus ont de la situation sans changer les fondements structurels de cette dernière. La vérité devient un construit dont la légitimité ne tient plus à sa proximité avec la réalité mais à l'onction que lui octroie le pouvoir central. Encore une fois nous observons cette mise en cohérence de signes éventuellement contradictoires que renvoie le réel. Toute contradiction disparaît, toute dialectique est congédiée et c'est bien la pensée qui décline. Bien sûr, le système médiatique n'est pas en reste et agit également pour prévenir toute cristallisation collective d'une conscience du phénomène totalitaire, à l'image de ce numéro de mai 2013 de Philosophie Magazine qui publiait un dossier sur "le mal". La question du totalitarisme y était bien sûr abordée mais pour nous expliquer, sous la plume de Michel Eltchaninoff, qu'il est une chose du passé : "le totalitarisme a vécu, et il serait vain de vouloir l'invoquer pour se faire peur ou adopter la posture du résistant". Les discours de ceux qui nient de la sorte l'actualité du totalitarisme en disent plus sur leur position sociale que sur la nature du phénomène qu'ils prétendent disséquer avec si peu de rigueur. Le totalitarisme indique que le système est partout, même dans les esprits. Quand il est accompli, c'est son idée même qui disparaît. Il importe donc de réaliser une prise de conscience collective avant d'être parvenu à ce point et pour ce faire, il n'est d'autre solution que de se tenir bien loin de tous ces intellectuels d'élite et autres journalistes.

     

    Christophe Hamelin

     

    1HORKHEIMER Max – ADORNO Theodor W., La dialectique de la raison, Paris, Gallimard, Tell, 1974, p.18.

    2ADORNO Theodor W, Minima Moralia, Paris, Éditions Payot, 1991, p.71.

    3Sur cette question, il faut lire RIGOUSTE Mathieu, L'ennemi intérieur, Paris, La Découverte, 2009, 364p.

    4Sur le rôle de la DGR dans le génocide du Rwanda, il faut lire PÉRIÈS Gabriel – SERVENAY David, Une guerre noire – enquête sur les origines du génocide rwandais, Paris, La Decouverte, 2007, 414 p.

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    "Le vieux fascisme si actuel et si puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore [...]. Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une "paix" non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de micro-fascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma. "Je n’aime pas les films sur le fascisme des années 30. Le nouveau fascisme est tellement plus raffiné, plus déguisé. Il est peut-être , comme dans le film, le moteur d’une société où les problèmes sociaux seraient réglés, mais où la question de l’angoisse serait seulement étouffée" [Interview de D. Schmidt, Le Monde, 3 février 1977]." DELEUZE Gilles, Deux régimes de fous, Paris, Les Éditions de Minuit, 2003, p. 125.